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Ignace de Witte le 2 mars 2026
Après la surprenante présentation simultanée de la française Citroën C5 Aircross et de la chinoise Leapmotor B10, nous avons réalisé comme promis l’essai dynamique de ces deux voitures du segment C-SUV, qui sont à la fois concurrentes et co-équipières, puisque les deux marques sont dans le portefeuille Stellantis au niveau national et dans le portefeuille CFAO Motors au niveau local. Entretemps, la marque chinoise a sorti un B10 à «prolongateur d’autonomie» et le groupe Stellantis a évoqué un possible transfert de technologie. Bref, notre article devance de quelques mois la sortie prochaine d’une grosse nouveauté au sein du groupe Stellantis !
Force est de constater que Carlos Tavarès a quitté la direction du groupe Stellantis mais a impulsé avant son départ une dynamique puissante, qui produit encore ses effets, et ce n’est pas fini ! Pour rappel, en 2023, c’est lui qui a signé l’accord d’achat croisés d’actions entre Stellantis et le constructeur chinois, un mariage qui a aussi donné naissance à une co-entreprise, Leapmotor international, dont Stellantis détient 51 % et qui détient le monopole mondial de la commercialisation et la production des voitures de la marque Leapmotor en dehors de la Chine.
Le nouveau patron de Stellantis, Antonio Filosa, ne va pas revenir sur les choix stratégiques de son génial prédécesseur, mais va au contraire aller plus loin que Carlos Tavarès dans le rapprochement entre Stellantis et Leapmotor ! Car c’est la seule issue de secours, comme y reviendrons dans notre conclusion.
Le C5 Aircross 2e génération tient ses promesses. C’est un bon gros SUV (segment C-SUV) qui emmène avec style et très confortablement 5 personnes, avec leurs bagages, ce qui en fait la voiture idéale pour les vacances en famille et aussi une voiture idéale pour les taxis, VTC et loueurs. Comme c’est une hybride, pas de soucis de recharge (le point faible des électriques, surtout à La Réunion, où les bornes sont en nombre insuffisant, avec des tarifs élevés et assez souvent en panne).
On doit le confort routier du C5 Aircross à l’excellente plateforme STLA Medium du groupe Stellantis, déjà saluée sur Peugeot 3008, Peugeot 5008, Opel Grandland, Jeep Compass, etc. un confort encore amélioré ici par la suspension à butées hydrauliques progressives Citroën. Celle-ci a beaucoup évolué depuis ses débuts et son efficacité est apparemment renforcée par le poids du véhicule. Le C5 Aircross offre un confort digne du segment premium, il avale de façon souple et silencieuse les dos-d’âne et les ralentisseurs, dont on sait qu’ils sont rarement aux normes à La Réunion. Le confort de la suspension est amplifié par le moelleux supplémentaire des nouveaux sièges.
L’ergonomie à bord est sympa et on n’a pas besoin de deux heures de formation pour apprendre à utiliser toutes les fonctions, tout est intuitif. Citroën est revenu à un emplacement du tableau de bord plus classique que sur le C3 Aircross, mais quand même original (sinon ce ne serait pas Citroën), et l’immense écran central au format vertical est super, il permet d’afficher plusieurs infos en simultané de façon lisible.
Photos © vroum.info
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En tous cas, rouler en C5 Aiscross en ville et sur route est un plaisir et s’il faut lui trouver des défauts, le 1,2 litre 3 cylindres Puretech en entrée de gamme micro-hybride de notre voiture d’essai est peut-être un peu juste en puissance (145ch), l’hybride rechargeable 225 ch et les versions électriques 210 et 230 ch sont plus chères mais mieux motorisées. Autre point (quelle que soit la motorisation) la vision par la lunette arrière est obstruée par les 3 appuie-têtes de la banquette arrière, comme sur toutes les voitures, mais on a aussi la tablette de coffre qui est ici très haute et masque la vue. Si la tablette est si haute, c’est évidemment pour offrir une capacité de coffre «sous tablette» de 651 litres, le record de la catégorie.
La chinoise est plus compacte que la française mais elle mesure +4m50 de long et elles sont donc toutes les deux rangées dans la même catégorie C-SUV. Le Leapmotor B10 offre une expérience automobile typiquement chinoise, assez différente de ce qu’offre les européennes.
Notre modèle d’essai était celui présenté lors de la conférence de presse, donc avec le magnifique intérieur blanc ivoire et l’immense toit panoramique. D’emblée, cela donne à l’habitacle un charme irrésistible. Le designer a opté pour un intérieur minimaliste, sans aucun bouton hormis ceux au volant, tout est commandé via l’écran central tactile. Quand je dis tout, c’est vraiment tout : même pour régler les rétroviseurs, il faut d’abord sélectionner cette fonction sur l’écran central et ensuite on fait le réglage via les deux boules au volant.
Le constructeur chinois offre un niveau de technologie au dessus de bon nombre d’ européens. Vous vous approchez de la voiture, la voiture se déverrouille, vous prenez place, vous posez la carte Rfid sur l’emplacement prévu sur l’accoudoir central, vous appuyez sur la pédale de frein, vous mettez sur D ou R avec le petit sélecteur derrière le volant côté droit, et c’est parti. Plus de clef de contact ni même de bouton start. C’est simple rapide et cela change de certaines voitures.
C’est amusant de jour mais c’est surtout intéressant de nuit car les caméras, radars, lidar et sonars détectent mieux que nos yeux le piéton qui marche sur le bas côté, le camion qui a oublié d’allumer ses phares ou la voiture en face qui mord la ligne blanche.
Photos © vroum.info
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Le B10 est incroyablement confortable à l’arrêt mais aussi en mouvement. C’est une électrique, propulsion, donc c’est vif et la direction est très agréable. Les sièges avant offrent un maintien correct mais ils offrent surtout, de série, la ventilation-climatisation dans le dos, ce qui en pleine saison cyclonique à La Réunion, avec une température extérieure qui dépasse les 30° et une forte humidité, est un atout inestimable.
Le B10 a l’avantage d’être électrique, du moins pour ceux qui ont la chance d’avoir une borne de recharge à leur domicile et/ou sur leur lieu de travail. Et à l’inverse, le B10 a l’inconvénient d’être électrique, pour ceux qui ne peuvent pas recharger chez eux ou au travail et sont dépendant du réseau de bornes de recharge…
Nous songions à la motorisation un chouia faible de la C5 Aircross 145 ch et 100% électrique du Leapmotor B10, qui ont chacune leurs avantages et leurs défaut, quand soudain (23 février) Leapmotor a annoncé le lancement du B10 New e-Hybrid, une motorisation hybride un peu spéciale, celle du «prolongateur d’autonomie» qui est un véritable «game changer».
Concrètement, le B10 New e-Hybrid est toujours propulsé par son gros moteur électrique de 160 kW (218 ch), mais celui-ci est maintenant alimenté par une batterie beaucoup plus compacte et légère (18,8 kWh au lieu de 56 ou 67 kWh) et celle-ci se recharge en roulant grâce au moteur essence de 1,5 litre placé à l’avant. Le moteur thermique n’est JAMAIS relié aux roues, il joue uniquement le rôle de groupe électrogène embarqué ou de «prolongateur d’autonomie». Il démarre et s’éteint tout seul dès que la batterie arrive à un certain seuil haut ou bas. Le meilleur des deux mondes : une autonomie digne d’une diesel (900 km), la facilité de «faire le plein» partout et en quelques minutes et de très faibles émissions de CO2 (55gr).
Cette technologie que Leapmotor maîtrise parfaitement intéresse au plus haut point le groupe Stellantis. Des rumeurs récentes (Bloomberg) parlent d’un possible élargissement du périmètre de la co-entreprise fondée par Stellantis et Leapmotor, qui pourrait à l’avenir concerner non seulement la distribution des voitures chinoises mais aussi et surtout un transfert de cette technologie très intéressante et que ne possède pas Stellantis.
Pour rappel, cette technologie est fiable car très simple : pas de système compliqué pour passer d’une source d’énergie à l’autre comme sur les autres hybrides. Les roues sont entraînées en PERMANENCE par le moteur électrique et seulement le moteur électrique. Celui-ci est alimenté par un groupe électrogène, qui tourne toujours à son régime optimum d’efficience puisque totalement déconnecté de la pédale d’accélérateur. Cette technologie équipe depuis des années des porte-conteneurs, paquebots de croisière ou encore les thoniers de la Sapmer, qui ne peuvent évidemment pas embarquer des tonnes de batteries.
Stellantis a reconnu que ses mauvais résultats financiers 2025 sont dus principalement à l’électrique. Le marché automobile n’obéit pas aux fantasmes de l’Union Européenne mais aux réalités économiques et industrielles. Le rapprochement technologique avec Leapmotor va permettre à Stellantis de gagner du temps de R&D (Recherche et Développement), pour sortir rapidement des modèles avec cette technologie du prolongateur d’autonomie, et ainsi revenir dans la course. C’est d’autant plus d’actualité que le groupe Renault-Nissan a déjà annoncé que son prochain Captur sera proposé en version avec prolongateur d’autonomie, une technologie déjà disponible sur le Nissan Qashqai e-Power. Honda aussi dispose déjà cette technologie, sur son HR-V.
Tous les constructeurs chinois (Xiaomi, Xpeng, Zeekr, etc.) sortent maintenant des versions «Range Extender» (prolongateur d’autonomie), qui séduisent de plus en plus la clientèle, au détriment des pures électriques. N’en déplaise à l’Union Européenne, c’est une tendance forte du marché automobile, encore confirmée par le cabinet Mc Kinsey dans un article du 26 février 2026 publié sur www.autonews.com (traduction): «Les EREV (ndlr: véhicules électriques à prolongateur d’autonomie) pourraient apaiser les inquiétudes des consommateurs quant aux coûts, car leurs batteries plus petites peuvent permettre de réduire jusqu’à 6 000 $ les coûts de production».
Je vous parie que même les constructeurs qui ont abandonné cette technologie, comme par exemple BMW qui la proposait sur son ancienne i3 «REX», ou General Motor sur les Opel Ampera et Chevrolet Volt, vont y revenir.
Seule variable inconnue : la réaction des politiques face au monde réel. Par exemple, l’Union Européenne considère les EREVs comme des BEV (voitures électriques), ce qui lui permet ainsi de les frapper de droits de douane supplémentaires si elles sont fabriquées en Chine. Par contre, le gouvernement français et le conseil régional de La Réunion considèrent les EREV comme des PHEV (hybrides rechargeables), pour pouvoir les taxer comme telle (pas de Bonus écologique et soumis à l’Octroi de Mer).
![]() C5 Aircross |
Micro-hybride 48 volts | Hybride rechargeable | électrique 210 ch | électrique 230 ch |
|---|---|---|---|---|
| Longueur | 4652 mm | |||
| Largeur | 1936 mm (caisse) | |||
| Hauteur | 1691 mm | |||
| Empattement | 2784 mm | |||
| porte-àfaux avant | 953 mm | |||
| porte-àfaux arrière | 915 mm | |||
| Voie avant | 1620 mm | 1630 mm | ||
| Voie arrière | 1622 mm | 1634 mm | ||
| garde au sol | 201 mm | 206 mm | ||
| Coffre | 651 litres (1985 litres) | |||
| Poids à vide | 1554 kg (1629 kg) | 1874 kg | 2109 kg | ? kg |
| Fabrication | Usine Citroën de Rennes ![]() | |||
| Moteur thermique | ||||
| Type | 3 cylindres Essence 1.2 PureTech | 4 cylindres Essence 1.6 THP | ||
| Cylindrée | 1199 cc | 1598 cc | ||
| Puissance | 136 ch (100 kW) | 150 ch (110 kW) | ||
| Couple | 230 Nm | Nm | ||
| Réservoir | 44 litres | 55 litres | ||
| Moteur électrique | ||||
| Type | 48 volts | ? volts | 400 volts | |
| Puissance | 28 ch (21 kW) | 125ch (92 kW) | 210 ch (154 kW) | 230 ch (170 kW) |
| Couple | 51 Nm | 320 Nm | 345Nm | 343 Nm |
| Batterie | 0,88 kWh | 21 kWh | 73 kWh | 97 kWh |
| Moteurs thermique + électrique | ||||
| Puissance totale | 145 ch (107 kW) | 225 ch (165 kW) | 210 ch (154 kW) | 230 ch (170 kW) |
| Couple total | 230 Nm | 360 Nm | 345 Nm | 343 Nm |
| Boîte de vitesses | Auto 6 | Auto 7 | 1 seul rapport | |
| Performances | ||||
| Vitesse maximale | 201 km/h | 220 km/h | 170 km/h | km/h |
| 0-100 km/h | 10,2 sec | 8,7 sec | 8,9 sec | ? |
| émissions de CO2 | 127 g/km | 55 g/km | zéro émission | |
![]() | Leapmotor B10 | ||||||||||||||||||||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Batterie | 56,2 kWh | 67,1 kWh | 18,8 kWh | ||||||||||||||||||||||||||||||
| Prolongateur d’autonomie (moteur thermique 68ch) | non | non | OUI | ||||||||||||||||||||||||||||||
| Autonomie WLTP | 361 km | 434 km | 900 km | ||||||||||||||||||||||||||||||
| Dimensions | |||||||||||||||||||||||||||||||||
| Longueur | 4515 mm | 4530 mm | |||||||||||||||||||||||||||||||
| Largeur | 1615 (1885 aux rétros) mm | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Hauteur | 1655 mm | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Empattement | 2735 mm | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Porte-à-faux avant | 881 mm | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Porte-à-faux arrière | 899 mm | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Voie avant | 1615 mm | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Voie arrière | 1605 mm | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Garde au sol | 170 mm | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Coffre | 430 litres (1700 litres) +25 litres (frunk) | 430 litres (1700 litres) | |||||||||||||||||||||||||||||||
| Poids à vide | 1780 kg | 1845 kg | ??? kg | ||||||||||||||||||||||||||||||
| Moteur électrique | |||||||||||||||||||||||||||||||||
| Puissance | 218 ch (160 kW) | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Couple | 240 Nm | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Transmission | aux roues arrières (propulsion) | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| Performances | |||||||||||||||||||||||||||||||||
| v-max | 170 km/h | ||||||||||||||||||||||||||||||||
| 0-100 km/h | 8 sec | ? | |||||||||||||||||||||||||||||||